Le monde du travail pour les nuls

Publié le par Poulattitude

Je voulais à la base faire un article sur le papotage au travail… mais j’ai dévié.


En effet, je crois que le papotage fait partie intégrante du travail en France. Tout comme le fait de finir tard est un éternel critère du bon travailleur.

 

 

Question pertinente d’un néophyte : alors, quand tu ne papottes pas, tu es plus efficace au travail, donc tu peux partir plus tôt ?

Nooooon !!! Attention, la logique française est aussi compliquée que son orthographe !

 

 

L’idéal donc, pour être bien vu, est de papotter continuellement, prendre ta pause déjeuner en retard et finir après tout le monde. Quand tu pars après la dernière personne de l’open space, ça c’est le top du top. Ceci vaut également quand on n’est pas en open-space, mais dans ce cas, prière de ne pas être discret : il faut que la terre entière sache qu’on est encore au bureau.


Quand tu pars à l’heure :

-soit tu bosses comme ouvrier en production ou, plus généralement, tu es payé le SMIC au maximum, auquel cas tu es autorisé à avoir la flemme de faire plus d’heures que prévu, ou plutôt autorisé juste à bosser efficacement. 

-soit tu es passé du côté obscur de la force, c’est-à-dire du côté des mères d'enfants en bas âge (ceux qui ne rentrent pas encore seuls de la crèche, de la nounou ou de l’école), 

-soit tu es un glandeur (en même temps, la mère d’enfants en bas âge est déjà une sacrée glandeuse !) 

- ou alors tu cumules plusieurs de ces 3 casquettes, et alors là, tu es un cas désespéré !


Si tu pars à l’heure et que tu ne papottes pas, tu es un outsider, un cas social, un intouchable, la honte de toute ton entreprise.

Comment ça ? Tu bosses bien ? Efficacement ? Mais…je m’en fiche ! Cela n’a rien à voir !

 

Donc tu papotes. Car tu ne veux pas être comme eux (comme moi ?) ! Quand tu ne papotes pas de sujets relatifs à ton genre – j’entends : gosses ou séries télé pour les femmes, sport pour les hommes – il faut penser à entretenir ton image, en te plaignant consciencieusement d’être overbooké. Pour cela, n’oublie pas de faire régulièrement la tronche ou de soupirer, et pourquoi pas de courir dans les couloirs entre deux séances papotage.

 

N’oublions pas un autre sujet majeur de papotage, le seul qui permet de réunir hommes et femmes, un sujet extrêmement croustillant : les bruits de couloir. A ce jeu-là, une seule règle : les absents ont toujours tort.

Tant pis pour eux… ? Dur de toujours être là où il faut, quand il faut (et accessoirement de bosser au boulot.)


En entreprise, le moindre écart par rapport à la normalité est enregistré dans le grand registre des bizarreries. Un jour dans ta vie, tu vas manger des pâtes chinoises instantanées dans la salle de pause, et ce fait est tellement EX-CEP-TION-NEL qu’à partir de ce jour, tu deviens le mangeur officiel de pâtes chinoises instantanées. Tous les midis, on te le rappelle, au cas où tu aurais oublié. Donc, par assimilation, tu ne sais pas cuisiner, tu ne cuisines jamais, tu te nourris exclusivement de produits chimiques atroces et tes enfants sont à plaindre.

Par contre, tous ceux qui mangent des plats préparés avec réchauffage au micro-ondes sont dans la norme et n’ont donc aucune remarque de niveau culinaire. Ceux qui vont chercher leur déjeuner tous les jours en voiture au supermarché situé à 10 minutes à pied non plus, car c’est juste NORMALISSIME.

Résultat : pour le pas avoir l’air trop bizarroïde pendant la pause déjeuner (déjà que tu manges des fois des pâtes chinoises, que tu as des couverts pour enfant, et que tu prends le train pour aller au boulot), tu oublies toute activité extra-ordinaire. Et oui, car tu risques le lynchage en public, fais gaffe ! J’en ai connues qui lisaient des romans  le midi, et ça s’est mal passé pour elles ! Le monde du travail est un monde impitoyable (citation : Dallas.) 

 

Petit résumé pour bien s’intégrer dans sa boîte :


1)  Commencez par une phase d’observation, ne vous mettez pas trop en avant mais ayez un air avenant. Posez beaucoup de questions et enregistrez :

-les sujets de conversation favoris (enfants, supermarché, météo?),

-les habitudes de la maison (faire la bise ? discuter le matin ? la pause café ? le MacDo du vendredi ?),

-à qui on peut (doit) parler et à qui on ne peut pas (les chefs ?),

-ceux qu’il faut se mettre dans la poche (ou sinon investir dans des boules Quiès pour ne pas avoir les oreilles qui sifflent.)


Listez les choses qu’il ne faut pas qu’ils sachent sur vous : que vous faites du tricot, que vous êtes gay, que vous n’avez pas de voiture, que vous voulez 8 enfants, que vous vous lavez les cheveux deux fois par an, que vous cultivez une kombucha, que vous collectionnez les assiettes creuses, que vous n’avez pas de sèche-cheveux ou que vous faites pipi dans la douche. Oubliez ces choses le temps de vos journées au travail.


Listez les sujets dont vous allez pouvoir parler : le reflux gastro-oesophagien de votre petit dernier, la recette du flan, votre cours de ping-pong le jeudi soir. Avec ça, vous êtes parés pour 6 mois au moins. Si vous préparez votre mariage, là vous avez de quoi discuter pendant un an au moins. Sauf si vous voulez vous marier en kilt, auquel cas il est préférable de le garder pour soi.


Enregistrez bien les prénoms de chacun de vos collègues.


2) N’oubliez pas de papoter pendant les temps impartis (voire en dehors lorsque la hiérarchie s’est éloignée : remember « quand le chat n’est pas là, les souris dansent. »)


Si vous oubliez à chaque fois si votre collègue B. a un enfant ou 2 ou 3, que vous ne vous souvenez pas des prénoms ni des sexes, peu importe, re-posez la question, l’important est de participer à la conversation et de ne pas sortir de connerie plus grosse que soi.


Par contre, évitez d’oublier le prénom de vos collègues, et utilisez-le un max :  « Bonjour Marlaguette », « Salut Marlaguette », « ca va, Marlaguette ? », « A demain, Marlaguette ? », cela a, je ne sais pourquoi, un capital bonheur important pour eux.


3) Faites semblant de bosser ou, mieux : papotez beaucoup quand vous avez du temps devant vous, histoire d’être toujours charrette sur vos dossiers.


Vous pouvez bosser lentement, cela ne met que mieux en valeur votre travail, car qui dit long dit compliqué, c’est bien connu.


4) Partez tard et surtout dites-le aux autres le lendemain (si personne ne le sait, ça ne sert à rien.)


Il est très conseillé de faire des remarques sur ceux qui ne le font pas « et ben dis donc, tu es en vacances ? », cela permet de mettre en valeur sa capacité à s’auto-overbooker. On bombe le torse tout en se lamentant de partir tard ; on pleurniche, mais pas trop : il faut montrer que nous sommes fiers de ce travail acharné pour notre entreprise.


Egalement très prisé : le fait de répondre à ses emails professionnels à 2 heures du matin, cela montre à quel point vous êtes consciencieux (et no-life par la même occasion !)

 Ceci n’est malheureusement pas possible pour les simples employés de bureau sans PC portable ni Blackberry.Au cas où vous avez tout de même un téléphone de service (non smartphone mais bon… c’est la crise, M’sieur Dame !), débrouillez-vous pour vous faire appeler le soir ou la nuit (vive les 3x8), quitte à saboter le travail exprès : top classe de raconter le lendemain qu’on a été réveillé par le boulot !


Remarque pour les grincheux : je ne dis pas qu’il n’y a pas des gens qui bossent tard car ils ont vraiment du boulot, je dis juste que ceux-ci sont minoritaires.

 

 


Ou alors… ? Gardez la Poule-attitude :


1)Poule toujours concentrée sur son travail.

2)Poule arriver à l’heure et partir à l’heure.

3)Poule fermer ses écoutilles, et poule toujours contente ! :)

 

 

Et vous, avez-vous la même vision de l’entreprise que moi ?

Vous aimez papoter ?

Réagissez donc en commentaire :)

 

Publié dans Réflexions

Commenter cet article

Fr@nk 01/04/2015 13:08

En phase ... pas de pause café interminable, pas de blabla a longueur de temps, je pars a l'heure pour récupérer mon loulou ... et personne n'y trouve rien a redire (en tout cas en face !) ;)

Poulattitude 01/04/2015 20:41

C'est déjà ça :)

stop snoring 09/09/2014 14:43

There is no point in increasing the working hours and wages. If the working hours are increased naturally they need to increase the wage. That is not the solution for the laborer in production. They just need to work effectively.

Poulattitude 09/09/2014 14:49

I totally agree with you. The french system and way of thinking is just ridiculous.

Magalie Debelleix 07/07/2013 09:40

Quel beau et complet résumé...moi j'ai été moins endurante que toi dans cette entreprise...sinon bravo pour ton blog, je le trouve super intéressant (entre cuisine, bricolage, astuces gamins,
écocitoyenneté...) je me régale à chaque fois.

Poulattitude 08/07/2013 10:35



Quelle surprise !


Je parlais justement un peu de toi :)


Merci beaucoup pour ton passage et ton suivi actif !


 



Lalotte 05/07/2013 17:23

Mouhahaha!!
Moi je bosse en usine Et je suis maman d'enfant en bas age!! Héhé, ça m’empêche pas de bosser 10h par jours (et le samedi en prime!) Mais, dans ces 10h, y'a bien 2h de papotage!!!
L'ambiance est mortelle aux saucisses!! ;)
Des bises!

Poulattitude 06/07/2013 22:45



lol! mais dans les saucisses, on a le droit c'est pas pareil :p