Monsieur et Madame D. #1

Publié le par Poulattitude

(Voir l’introduction)

 

Monsieur et Madame D. vivaient dans une banlieue orléanaise proprette, un joli pavillon juste derrière le réparateur de téléviseurs. Passé le portail, par cette journée de printemps, une odeur de pisse et de moisi vous emplissait les poumons. Alors, les chats accourraient par cinq, dix, se frotter contre vos jambes. C’étaient de splendides chats tigrés, sans aucun moyen de contraception, si on en croit le nombre de portées qu’ils faisaient. « Tiens donc, voilà le pourquoi du comment de la première odeur », vous disiez-vous, pendant que Madame D. accourait, tout sourire.


Madame D., toute petite au visage rougeaud, cheveux courts blonds et brushés, n’avait point l’allure de ces grands-parents BCBG du quartier. En effet, son legging léopard moulant et son débardeur décolleté laissait apparaître une anatomie généreuse et fripée, et des bras flasques recouverts de tatouages épars.

Vous essayiez tant bien que mal de vous remettre de cette surprise, alors que Madame D., volubile, déblatérait au sujet de projets immobiliers variés. Au loin, on devinait l’intérieur de Madame D., sombre et rustique. Seule la télévision lui offrait une luminosité et une vie certes peu attirantes.  La lueur illuminait le visage d’un Monsieur D. immobile et peu causant.

 

Madame D. m’obligea à sortit de ma torpeur : nous allions faire le tour du propriétaire, afin que je vois ma future chambre. Derrière la maison, un amoncellement de bungalows en bois, et des fils électriques pour les relier. Nous passions les toilettes, sur la gauche de la maison, habités par quelques araignées, mais avec tout le confort moderne (eau, électricité, papier toilette, romans) puis nous saluions un couple de Portugais dans le bungalow en face. Pas de réponse distincte. Les Portugais ne semblaient pas ravis de ma visite, mais qu’importe.


Au fur et à mesure que nous nous enfoncions derrière la maison, l’odeur de moisi se faisait de plus en plus forte. Je baissai les yeux. Peu étonnant : je foulais des pieds un patchwork de vieux tapis persans détrempés. Les chats et chatons se roulaient dessus pour profiter des maigres rayons de soleil. Nous passâmes un autre bungalow, et Mme D. en profita pour me montrer le chantier : une petite allée de tapis menait plus loin dans le jardin. Plusieurs bungalows étaient encore en passe d’être construits. Les fils électriques se multipliaient, comme au début de notre ère, les petits pains dans les mains du Messie. Le spectacle n’était pas fabuleusement beau à voir, mais Madame D. en était fière ; elle me parlait d’agrément APL, ce qui ne me touchait guère, et mes pensées restaient ailleurs, au fin fond du ciel gris.

 


De retour derrière la maison, un petit abri en dur nous faisait de l’œil : rangement à tondeuse à gazon ? Cave à vin ? Nous ouvrîmes donc, pour découvrir une salle de douche, spartiate mais relativement propre. Madame D. s’empressa de dire, non sans fierté, qu’elle faisait le ménage elle-même, y compris dans les chambres. Cela me contenta… ainsi que le fait que l’été arrivait, ce qui me ferait sûrement éviter les -5°C dans la salle d’eau, et la traversée des tapis persans à la sortie de la douche, cheveux et poils dressés sur l’ensemble du corps et de la tête.


Mais la visite n’était pas finie : nous nous extirpâmes de la salle de douche et nous nous retournâmes : un escalier était planté au beau milieu de l’arrière de la maison. Sous l’escalier, un gros bidon industriel bleu servait de réservoir d’eau. Dedans, les larves de moustiques dansaient la macarena.
Floc floc, faisaient mes pas sur les bouts de moquette détrempés, sur chaque marche de l’escalier. Je remarquai que, malgré l’odeur que ces bouts de moquette dégageaient, cela avait l’avantage d’éviter de glisser sur les marches. Madame D. avait l’esprit pratique.

Derrière la porte, une petite entrée sale était suivie d’un autre escalier étroit dans la maison.
Madame D. râla, un chat avait vomi sur la marche.

Dans le couloir se trouvait un frigo sur la gauche, en bas duquel trônait un résidu de vomi dans lequel on distinguait très nettement des croquettes pour chat, et à droite, trois chambres. D’abord, celle d’un Portugais, qui n’ouvrit pas, puis la mienne, puis celle d’un grand-père, qui nous salua avec hâte.

 


La clé tourna, la porte grinça et s’ouvrit sur ma chambre. Dix ou douze mètres carrés de linoléum crasseux, une armoire à gauche, un petit lit en fer à droite, une table en formica bleu et une chaise assortie au milieu, une télé d’un autre âge sur une petite table, un lavabo en porcelaine à gauche de la fenêtre et une gazinière à droite, surplombée par un élément de cuisine années 70 contenant quelque semblant de vaisselle...


Full comfort, en somme. Odeur de renfermé incluse.

Publié dans Réflexions

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