Monsieur et Madame D. #2

Publié le par Poulattitude

(Voir l’introduction)

(Voir la partie 1)

 

 

Le matin, une fourgonnette pétaradante venait chercher les Portugais pour le travail, sans grande discrétion.

Mon voisin direct ne se levait pas toujours, malgré les appels de ses collègues. Les vapeurs d’alcool s’infiltrant jusque sous ma porte me donnaient une idée de ce qui pouvait le faire somnoler toute la journée.

 

Madame D. passait faire le ménage dans ma chambre pendant que j’étais au travail. Son ménage se doublait d’une inspection, puisque j’avais droit chaque jour à un compte-rendu de la visite, notamment concernant mes pots de peinture rangés dans l’armoire et ma kombucha, qui attirait les mouches (« Plus que les vomis de chat dans l’escalier, Madame D. ? »)

 


Ma vie sociale sur Orléans-Banlieue étant limitée, je résumais mes soirées à une douche (le plus tôt possible pour éviter de ressortir de mon antre), de la peinture, et je profitai de l’écran de télévision, petit appareil lave-cerveau auquel je n’étais pas habituée.


Madame D. aimait se balader dans le jardin, juste en face de ma fenêtre. Elle regardait régulièrement vers le haut : peut-être vérifiait-elle qu’il n’y ait pas de tuiles manquantes ? En tous cas,  n’ayant pas de rideaux à mes fenêtres et aimant bien ma petite tranquillité, je pris vite l’habitude de descendre mes volets dès mon retour du travail, ce qui m’obligeait à allumer le néon unique fixé au plafond. Madame D. était patiente, mais je crois que ceci était un réel affront pour elle, et chaque jour, elle m’en fit la remarque. Il est vrai que cela n’était pas très écolo... Madame D. bouillait de devoir payer ma lumière en pleine soirée d’été.

 

Je dus un jour me résoudre à aller au-delà de mes peurs les plus profondes : j’ouvris le frigo commun sur le palier. Ce que je vis me glaça le sang. Aussi me résolus-je à limiter mes repas aux pâtes. Seule une plaquette de beurre à moi prenait place dans cet immonde frigo, recroquevillée dans un petit coin.


N’ayant également qu’une confiance limitée dans ma gazinière, je fermais la bouteille de gaz après chaque cuisson de pâtes.

Jusqu’au soir où j’arrivai, bouteille ouverte, et impossible de la refermer. Je partis dans l’obscurité à la recherche de Madame D.

Madame D. passait une soirée télé-bouteille comme une autre avec Monsieur D., et je dus donner de la voix pour me faire entendre. Je demandai de l’aide à Madame D. pour venir fermer le robinet de gaz.

Madame D. ne réussit pas. Monsieur D. ne réussit pas et il lâcha un grognement. Sûrement la seule fois où j’entendis le son de sa voix.

Monsieur D. dut donc chercher une pince dans sa boîte à outils pour enfin tordre le cou au robinet récalcitrant.

Madame D. se demanda comment j’avais réussi à l’ouvrir autant à fond. Moi également, surtout par télépathie, pendant ma journée de travail, où je bossais à 10 km de là.

 


Mes longues soirées d’été continuaient donc à se passer dans ma chambre, en toute solitude, sans smartphone (on est en 2006, rappelez-vous), sans amis, et avec une porte fermée à double-tour dès 18h. Les toilettes et la douche, situées dans le jardin, se passaient de moi à partir de cette heure-là et jusqu’au lendemain matin.


Jusqu’au jour où cela frappa à ma porte. Ce n’était pas Madame D., c’était le voisin Portugais. Celui-ci, passablement éméché et tenant à peine debout, voulait m’offrir un cadeau : une carte postale avec une chanteuse portugaise en tenue légère. Je ne compris pas tout : ne parlant ni le Portugais ni la langue des bourrés, je ne sus même pas si c’était moi qui était belle, ou bien la chanteuse portugaise. Je le remerciai froidement et refermai la porte à double-tour.

Le Monsieur refrappa quelques minutes plus tard, et malgré le problème de langue, je crus comprendre que l’énergumène me tendais un billet de 5 € et qu’il attendait quelque chose en retour. Je refusai encore plus froidement, et ma porte resta fermée à clé jusqu’au lendemain, malgré les toc-toc insistants.

 

C’est ainsi que je me décidai à partir de chez Madame D.


Par grand bonheur, au milieu de mon désespoir de locataire courte durée (la hantise des stagiaires de 2 mois et demi étant définitivement le logement), j’eus une chance inespérée, et je ne pourrai jamais assez remercier Monsieur et Madame M. pour cela.

 

Fin de la présentation de M. et Mme D. (histoire basée sur des faits réels, écrite en 2013)

 

 

Publié dans Réflexions

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Sylviane 31/10/2013 13:42

J'ignorais cette période de ta vie! J'adooore!

Poulattitude 01/11/2013 11:12



courte période, heureusement ;)