Viviane P. - 2/6

Publié le par Poulattitude

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Le CV de Viviane a le mérite d’être clair : « Viviane P., 49 ans, célibataire. » 

 

Mais, dans la vraie vie, c’est le tohu-bohu : Patrick, Pierre, Monsieur Martinon, Jean-Claude Laplaie se succèdent à une vitesse affolante. Entre temps, beaucoup de vides. C’est que Viviane, vous l’avez compris, ne supporte pas la lenteur de la vie, la douceur paisible des câlins, la patience de la vie à deux, les grasses matinées… au début, ça va… mais son cerveaugauche resurgit sans tarder avec une violence inouïe.

Déprime assurée.

 

Viviane met alors fin aux dégâts mentaux en se re-célibatairisant au plus vite. Alors la Viviane seule, celle que vous connaissez, se lève à quatorze heures –heureusement qu’elle s’est couchée à sept, elle bénit le samedi soir de raccourcir son dimanche- et elle traîne au lit avec son (mâle de ?) crâne jusqu’au lundi matin, apathique, « sluggish », limasseuse en version française.

 

 

Aujourd’hui, lundi, Viviane sort donc de chez le coiffeur et se réengouffre dans les profondeurs du métro parisien sans tarder. Le taxi, elle aime bien et on lui rembourse les frais en fin de mois. Mais le lundi, Viviane a besoin de cette foule odoriférante pour se sentir à nouveau vivante après son dimanche harassant de vide.

 

 

Après moults rendez-vous, elle se retrouve au café avec des amies, blondes, overfardées, papotantes, une soirée mouvementée, décolletée, comme elle les aime. Et puis à quoi sert de se faire refaire la poitrine si on ne la montre pas un minimum ? Elle danse avec de jeunes hommes plus ou moins homosexuels mais aussi pourquoi pas gérontophiles : opportunistes en quelque sorte.

Il lui plaît de leur faire gober dix ans de moins qu’elle n’en a en vérité. Ils y croient… pour lui faire plaisir : un provincial peu habitué aux arrangements esthétiques des chirurgiens aurait avalé le morceau de bonne grâce, mais ceux-ci sont des parisiens, des vrais, et ils savent reconnaître une femme refaite parmi mille. Le problème, c’est qu’ici, on n’en trouve pas une parmi mille mais on approche plutôt les soixante dix pourcent. Plus le temps passe, plus on se croirait entouré de clones.

Viviane n’y a jamais prêté attention : comme toutes les autres, elle a beaucoup trop peur de vieillir et elle voit ses améliorations corporelles avec soulagement, pas avec objectivité.

 

Le rêve Barbie n’est pas réservé aux petites filles, ni même limité à soixante dix sept ans, comme on peut le voir dans ce bar-club branchouillard. Pour ma part, perdue au milieu de ce bar, les poumons encrassés de cette fumée de cigarette, je pense que les hommes ici ne font pas meilleure figure : ils se soignent comme des caniches royaux, se pavanent en dandinant et font de la gonflette en guise d’amélioration corporelle. Le rêve Ken ?

 

 

Viviane repart seule. Elle aime juste se sentir désirée et les regards de ce que j’appellerais des gigolos lui ont suffi pour quitter la soirée avec le sourire aux lèvres, sa « self-confidence » s’est regonflée à bloc. Pour ma part, cela me dégoûte. Je sors derrière elle en toussant : sales cigarettes, vivement l’interdiction de fumer dans les bars. Elle se retourne sur ma silhouette inintéressante au possible. RAS.

 

 

 

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Publié dans Réflexions

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