Viviane P. - 5/6

Publié le par Poulattitude

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Le lendemain matin, Viviane arrive en retard au travail. Essoufflée aussi. 

Elle a transporté toutes ses affaires à Emmaüs, quatre allers-retours dans sa laguna : après tout, avait-elle besoin de ce canapé design, de ses vases et de ses bibelots précieux ?

 

 

Elle demande à sa collègue Alyson si les chatons ont été adoptés. La jeune secrétaire répond avec une moue boudeuse que non, il seront zigouillés d’ici quelques jours, les malheureux. 

« Je les veux tous, quand est-ce que je peux les récupérer ? »

La gamine se redresse et se retourne ahurie : « Quoi ? Tu veux les sept ? »

« Oui, tous les sept. Quand est-ce que je peux aller les chercher ? »

 

 

Alyson appelle ses amis et, le soir même, Viviane rentre de Chalons avec sept chatons qui se baladent dans sa voiture et une chatte aussi : il fallait bien quelqu’un pour s’occuper des petits et, tant qu’à faire, ses propriétaires voulaient bien se retrouver sans chat. Enfin la liberté.

Alors qu’à Chalons, un vieux couple déguste sa solitude retrouvée, Viviane installe toute la marmaille chez elle. Elle a aussi récupéré les accessoires, en particulier la litière, et la nourriture, ce qui lui permet d’attendre quelques jours pour faire les courses. Car elle déteste faire les courses. La tristitude des Rémois se retrouve en effet jusque chez Cora, où les familles blêmes tirent une tronche de cent pieds de long.

 

Viviane arrive toute guillerette au travail le lendemain matin. Aurait-elle encore réussi à dissimuler son cerveau droit au fond de sa boîte crânienne ?

Pas du tout : en fait, l’entité « Viviane et ses chats » se détache tout doucement de l’ancienne Viviane P. : son cerveau droit enfle, son corps aussi, ses cheveux se grisent deviendrait-elle la vieille pomme ridée, son cauchemar le plus effrayant ?

Son cerveau droit monopolise la boîte, réduisant le gauche à une excroissance minable, aussi ridicule qu’un appendice délaissé au milieu de l’abdomen, il se boursoufle de jour en jour, mais ce n’est plus la dépression qui l’inonde de son liquide jaune immonde... Me croirez-vous si je vous disais qu’il se gorge d’un breuvage rosé appétant, couleur de ratafia, que vous entre-connaissez peut-être sous le nom d’ « amour » ?

 

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Publié dans Réflexions

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